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Record du monde pour Rigaud
Le 4 avril 2016 dans notre vente de Tableaux Dessins & Sculptures s'est vendu un tableau inédit du peintre Hyacinthe Rigaud

Le portrait de Henri-Oswald de La Tour d'Auvergne

Toile signée et datée  en bas à gauche : « Fait par Hyacinthe Rigaud chevalier de l’ordre de Saint Michel 1735 ».
146 x 112 cm
Provenance :
Gironde, collection particulière.
Estimation : 120 000 / 150 000 €

Adjugé : 650 000 €
Record du monde pour un tableau de Rigaud

Vente à l’Hôtel Drouot salle 1 le 4 Avril 2016
Expert : Eric Turquin


Exceptionnel à plus d’un titre, le portrait du cardinal Henri Oswald de la Tour d’Auvergne (1671-1747), peint par Hyacinthe Rigaud (1659-1743) à partir de 1732, sera présenté en vente le 4 avril 2016. Inédit jusqu’en 2013 date à laquelle il est publié par Stéphan Perreau dans son catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste (Stéphan Perreau, Catalogue de l’œuvre d’Hyacinthe Rigaud, Les Nouvelles presses du Languedoc, Sète, 2013, cat. P.1368, p. 284-285 (ill.)),  il témoigne de l’art d’un artiste parvenu au faîte de sa gloire, très tôt considéré par ses contemporains comme « le premier peintre de l’Europe pour la ressemblance des hommes et pour une peinture forte et durable ». Resté en mains privées depuis l’origine, ce très grand  portrait n’était jamais apparu sur le marché de l’art.
 
 Comme ce fut le cas en 1723 avec le célèbre portrait du cardinal Dubois (Cleveland, museum of fine arts) et, plus largement, avec la plupart des grands « princes de l’église », Hyacinthe Rigaud livre ici l’une de ses plus belles compositions. Il utilise et développe tout un vocabulaire qui fit sa réussite et le fit considérer de son vivant comme le portraitiste le plus courtisé d’Europe. Depuis qu’il eut l’honneur de peindre « les trois plus grands Rois du Monde (Louis XIV, son frère et Madame, Louis XV, Philippe V d’Espagne) et tous les princes du sang jusqu’à la quatrième génération en ligne directe », l'artiste avait repris et transcendé, avec faste et virtuosité, des formules de portraits d'apparat qu'il se faisait payer à prix d'or, à l'instar des 3000 livres exigées ici. 
 
Représenté à mi-corps, dans toute la pompe de ses fonctions patriarcales, le modèle est assis dans un somptueux fauteuil de style rocaille. Il tient dans sa main droite sa barrette de velours à pompon et, de l’autre, froisse légèrement son pallium élégamment disposé sur une table à droite de la composition. Revêtu d’une extraordinaire mozette d’hiver en fourrure, agrémentée de queue d’hermine, le cardinal porte également une ample soutane de grande dentelle à point d’aiguille. Bel exemple de son art virtuose, ce tableau ne dément pas ce que l’on disait de l’artiste : « s’il peignait du velours, du satin, du taffetas, des fourrures, des dentelles, on y portoit la main pour se détromper ; les perruques, les cheveux, si difficiles à peindre, n’étaient qu’un jeu pour lui ». Le portrait d’Henri Oswald de La Tour d’Auvergne résume à lui seul l’ensemble de ces qualités. 
Dès 1739, il fut décidé par Vallant, médecin personnel du modèle depuis 17 ans, que l’image ainsi créée par Rigaud serait mise à la gravure par le célèbre Claude Drevet. Au prix de quelques variantes dans les accessoires, celle-ci fut achevée en 1749 et annoncée dans le Mercure de France qui assurait alors que le graveur avait surpassé « par la douceur et la force de son burin les excellens morceaux qu’il a déjà donnés au public ».

Henri Oswald de La Tour d’Auvergne était un personnage d’une grande importance dans la vie cléricale et politique du règne de Louis XV. Descendant d’une des plus anciennes et illustres maisons de France, il embrassa très jeune l’état ecclésiastique et refusa la survivance de la charge de colonel général de la Cavalerie, vacante par la mort de son frère aîné et que Louis XIV lui offrait. Lettré, parlant aussi bien le latin et l’allemand que le français, l’homme était l’un des treize enfants de Frédéric-Maurice de la Tour d’Auvergne (1642-1707), comte d’Auvergne et d’Oliergues, marquis de Lanquais, lieutenant-général et de sa première épouse, la princesse Henriette-Françoise von Hohenzollern-Hechingen (1642-1698), marquise de Bergen-op-Zoom. Après des études en Sorbonne où il obtint son doctorat de théologie en mai 1695, Henri Oswald devint vicaire général de l’archidiocèse de Vienne, chanoine de la cathédrale de Strasbourg (1684) puis de Liège. Également abbé commendataire de Redon de 1692 à 1740 puis de Conches (1694), vicaire général de son oncle (le futur cardinal de Bouillon, alors abbé de Cluny, Tournus et Saint-Martin), coadjuteur de Cluny (1697), abbé lui-même (1715) il ajouta à ses charges celle de Grand-Prévôt de Strasbourg (1697). Archevêque de Tours (1719), il ne s'y installa pas et préféra revenir en 1721 à Vienne (1721). Membre de l’assemblée du clergé de 1723, il fut premier aumônier du roi de 1732 à 1742. Louis XV le fit commandeur de l’ordre du Saint-Esprit le 24 mai 1733,  distinction qu’il porte d’ailleurs sur son portrait et qui est décrite dans son inventaire après décès. Cardinal prêtre du Consistoire le 20 décembre 1737, il participa également au conclave de 1740 et reçut ses insignes du cardinalat le 16 septembre de la même année.
 
 
 
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